Personne n’a jamais gagné un client grâce à son archivage. En revanche, un contrôle mal préparé peut coûter en une semaine ce qu’une belle mission rapporte en six mois, et la cause est presque toujours la même : une pièce qui manque, ou qui a été détruite trop tôt.
Le sujet vient de bouger, et pas au bénéfice des agences. L’article 36 de la loi du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales fait passer de six à dix ans le délai fiscal de conservation, pour les pièces dont la conservation expire après le 1er janvier 2027. Autant caler tes armoires et tes serveurs maintenant, pendant que c’est un sujet d’organisation et pas un sujet de défense.
Sommaire
- Deux délais coexistent, et ils ne comptent pas la même chose
- Ce que tu gardes, et pendant combien de temps
- Les dossiers à taux réduit, là où un contrôle se paie
- Quatre mouvements pour remettre ton archivage d’aplomb
- Questions fréquentes
Deux délais coexistent, et ils ne comptent pas la même chose
Les dirigeants confondent régulièrement deux obligations qui n’ont ni la même source ni le même point de départ. La première vient du droit commercial, la seconde du droit fiscal. Tant que tu ne les sépares pas, tu appliques par défaut la plus courte, donc la mauvaise.
Le délai commercial : dix ans, et ce n’est pas nouveau
L’article L123-22 du code de commerce est court et net : « Les documents comptables et les pièces justificatives sont conservés pendant dix ans. » La rédaction est en vigueur depuis janvier 2003, il n’y a donc aucune surprise à en attendre.
Le point de départ, lui, est mal connu : il court à compter de la clôture de l’exercice, pas à compter de la date de la facture. Une note d’honoraires de janvier appartient au même paquet qu’une facture de décembre, et les deux sortent de l’armoire le même jour, dix ans après la clôture concernée.
Le délai fiscal : six ans, puis dix à partir de 2027
L’article L102 B du livre des procédures fiscales impose de son côté six ans, à compter de la dernière opération mentionnée ou de la date d’établissement du document. C’est ce délai qui vient d’être modifié : la loi du 25 juin 2026 remplace « six » par « dix », pour les documents dont la conservation expire après le 1er janvier 2027.
La logique annoncée par service-public.gouv.fr est l’alignement sur le droit de reprise de l’administration. En clair : l’État veut pouvoir demander tout ce qu’il a encore le droit de contrôler. Pour toi, la conséquence pratique est simple et plutôt confortable : un seul délai de dix ans pour tout, au lieu de deux compteurs à faire vivre en parallèle.
Ce que tu gardes, et pendant combien de temps
Une agence ne produit pas qu’une comptabilité. Elle produit des contrats, des ordres de service, des attestations d’assurance, des échanges de mails qui valent preuve. Tout n’a pas la même durée de vie utile.
Le tableau de référence
| Nature de la pièce | Durée à retenir | Base ou source |
|---|---|---|
| Livres et registres comptables | 10 ans à compter de la clôture de l’exercice | art. L123-22 code de commerce |
| Notes d’honoraires et factures fournisseurs | 10 ans à compter de la clôture de l’exercice | art. L123-22, et L102 B LPF à partir de 2027 |
| Pièces contrôlables par l’administration | 6 ans, puis 10 ans si le délai expire après le 1er janvier 2027 | art. L102 B LPF, modifié par la loi du 25 juin 2026 |
| Contrats commerciaux et correspondance | 5 ans | service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 1er juillet 2024 |
| Documents bancaires | 5 ans | service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 1er juillet 2024 |
La forme compte autant que la durée
Garder n’est pas ranger. Une pièce conservée dans une boîte mail personnelle, sur un disque local non sauvegardé ou dans un outil dont l’abonnement peut s’arrêter n’est pas une pièce conservée : c’est une pièce en sursis. Le jour où l’administration demande, l’argument du prestataire disparu ne vaut rien.
L’article 1734 du code général des impôts fixe une amende de 10 000 euros pour le refus de communication, et précise qu’une amende du même montant s’applique en cas d’absence de tenue des documents ou de destruction avant les délais prescrits. Ce n’est pas une sanction théorique, c’est le prix d’un ménage de printemps mal calibré. La bascule vers les flux dématérialisés, traitée dans l’article sur la facturation électronique en agence d’architecture, déplace le problème sans le supprimer : ce qui transite par une plateforme doit aussi vivre chez toi.

Les dossiers à taux réduit, là où un contrôle se paie
Toutes tes pièces ne se valent pas au contrôle. Une facture d’abonnement logiciel se justifie seule. Une opération facturée à taux réduit, elle, ne se justifie jamais seule : elle a besoin d’un document tiers, produit par quelqu’un d’autre, à un moment où personne ne pensait au contrôle.
L’attestation client a disparu, la mention l’a remplacée
Depuis la loi de finances pour 2025, le client n’a plus à remettre le formulaire d’attestation. Il certifie désormais, par une mention portée sur le devis ou la facture, que les conditions d’application du taux de 5,5 % ou de 10 % sont réunies. Le formalisme s’est allégé, la charge de preuve pas du tout.
C’est exactement le genre de simplification qui produit des trous. Un imprimé manquant se voit, une mention absente d’un devis signé il y a quatre ans ne se voit pas. Le contrôle, lui, la verra.
Qui garde quoi, et pendant combien de temps
Le prestataire conserve une copie du devis ou de la facture dans sa comptabilité. Le client, lui, conserve la sienne jusqu’au 31 décembre de la cinquième année suivant l’achèvement des travaux, ou suivant la facturation lorsqu’il s’agit de travaux d’amélioration de la qualité énergétique.
Pour un cabinet de maîtrise d’œuvre, le réflexe utile est de ne pas s’en remettre au client. Tu classes ta copie, datée, avec la mention lisible, dans le dossier d’affaire et pas dans un fil de discussion. La question de savoir quel taux s’applique à quelle prestation relève d’un autre débat, traité dans l’article sur la TVA de l’architecte et les taux de 10, 5,5 et 20 %.
Quatre mouvements pour remettre ton archivage d’aplomb
Ce chantier se mène une fois, sérieusement, puis se maintient en dix minutes par mois.
La séquence
Étape 1 : inventorie ce que tu détiens, par exercice et non par dossier. Le contrôle raisonne en exercices. Tant que tes pièces sont classées par projet, tu passes des journées à reconstituer une année. Une arborescence par exercice, avec les affaires en sous-niveau, change la vie le jour où la demande arrive.
Étape 2 : passe tout en dix ans, sans faire de tri. Le double compteur six ans et dix ans n’a plus d’intérêt dès lors que le délai fiscal rejoint le délai commercial. Une règle unique se tient, une règle à deux vitesses se perd. C’est aussi ce qui évite de détruire une pièce que la loi du 25 juin 2026 impose désormais de garder.
Étape 3 : isole une pile « taux réduit ». Chaque devis et chaque facture portant une mention de taux réduit part dans un dossier dédié, en plus de son classement d’affaire. C’est la pile que tu sortiras en premier au contrôle, et celle qui, mal tenue, coûte le plus cher.
Étape 4 : sécurise le support et nomme un responsable. Un stockage sauvegardé, un accès qui survit au départ d’un collaborateur, et une personne dont c’est explicitement la tâche. Un archivage sans propriétaire n’existe pas, il attend simplement d’être découvert vide.
Ce que cette séquence ne couvre pas
Elle ne couvre pas la qualité de tes pièces à l’émission. Une note d’honoraires incomplète, mal mentionnée ou mal adressée reste fragile même parfaitement archivée, sujet traité dans l’article sur la facturation de l’architecte.
Elle ne couvre pas non plus la logique déclarative, qui obéit à ses propres règles de rythme et d’exigibilité. Le régime d’imposition, la CA3 et la date à laquelle la taxe devient due sont traités dans l’article sur le régime de TVA de l’architecte.

Questions fréquentes
Combien de temps faut-il conserver les justificatifs comptables d’une agence ?
Dix ans à compter de la clôture de l’exercice concerné pour les livres, les registres et les pièces justificatives, en application de l’article L123-22 du code de commerce. Le délai fiscal de l’article L102 B du livre des procédures fiscales était jusqu’ici de six ans, mais l’article 36 de la loi du 25 juin 2026 le porte à dix ans pour les documents dont la conservation expire après le 1er janvier 2027. En pratique, une règle unique de dix ans couvre désormais les deux obligations. C’est le repère à inscrire dans ton organisation.
Que risque une agence qui a détruit des pièces trop tôt ?
L’article 1734 du code général des impôts prévoit une amende de 10 000 euros en cas de refus de communication des documents demandés par l’administration. Le même texte précise qu’une amende de même montant s’applique en cas d’absence de tenue de ces documents ou de destruction avant les délais prescrits. À cela s’ajoute la conséquence la plus lourde : une charge ou une TVA déductible dont tu ne peux plus apporter la preuve devient contestable. Le coût réel se joue donc rarement sur l’amende seule.
Les dossiers à taux réduit demandent-ils un classement particulier ?
Oui, et c’est le point le plus souvent négligé. Depuis la loi de finances pour 2025, l’attestation client a été remplacée par une mention portée sur le devis ou la facture, ce qui rend l’absence de justificatif beaucoup moins visible. Le prestataire conserve une copie dans sa comptabilité, le client la sienne jusqu’au 31 décembre de la cinquième année suivant l’achèvement des travaux ou la facturation selon la nature des travaux. Un dossier dédié, tenu en parallèle du classement par affaire, évite d’avoir à reconstituer ces pièces sous pression.
Une pièce numérisée a-t-elle la même valeur qu’un original papier ?
La numérisation est admise, à condition que le support garantisse la lisibilité et l’intégrité du document pendant toute la durée de conservation. Un fichier stocké sur un poste local sans sauvegarde, ou dans un outil dont l’abonnement peut cesser, ne remplit pas cette condition dans les faits. Le bon réflexe est un stockage sauvegardé, dont l’accès ne dépend ni d’un collaborateur ni d’un prestataire unique. Les modalités techniques applicables à ta situation se calent avec ton expert-comptable, dont le rôle est précisé dans l’article sur l’expert-comptable et l’expert financier.
Et maintenant ?
L’archivage n’est pas un sujet de comptable, c’est un sujet de dirigeant : il conditionne ta capacité à défendre tes chiffres quand quelqu’un les conteste. Dix ans, un classement par exercice, une pile dédiée aux taux réduits, un responsable nommé.
Le reste du pilotage administratif de ton agence obéit à la même logique : peu de règles, tenues vraiment. C’est ce qu’on regarde ensemble sur ton cabinet : réserve ton appel découverte.