Tu cherches un tableau des honoraires d’architecte. Un document propre, chiffré, sur lequel t’aligner avant d’envoyer ton prochain devis. Autant te le dire tout de suite : ce document n’existe pas, et il n’a pas le droit d’exister. La bonne nouvelle, c’est que tu peux en produire un en deux séances de travail, à partir de chiffres que ton agence possède déjà et qu’elle ne regarde jamais.
Une grille d’honoraires n’est pas une liste de prix recopiée sur le confrère d’à côté. C’est un outil interne de décision. Elle te dit ce que chaque type de mission coûte réellement chez toi, quelle marge tu vises dessus, sous quel montant tu ne descends pas, et pourquoi. Sans elle, tu chiffres au ressenti, tu négocies en réaction, et tu découvres ta marge quand le dossier est clos et qu’il est trop tard pour la corriger.
Sommaire
- Pourquoi aucun tableau d’honoraires ne t’attend quelque part
- Ce que contient vraiment une grille d’honoraires
- Construire ta grille en cinq étapes
- Faire vivre ta grille et t’en servir sans la subir
- Questions fréquentes
Pourquoi aucun tableau d’honoraires ne t’attend quelque part
En bref : les barèmes d’honoraires d’architectes sont interdits depuis l’ordonnance du 1er décembre 1986 sur la liberté des prix et de la concurrence. Aucune institution ne publiera la grille que tu cherches. Elle ne peut venir que de tes propres coûts.
Les barèmes sont interdits, pas simplement tombés en désuétude
La note du Conseil régional de l’Ordre des architectes d’Île-de-France sur les différents modes de rémunération de l’architecte, mise à jour en mars 2025, est nette sur ce point : l’ordonnance du 1er décembre 1986 relative à la liberté des prix et de la concurrence a « notamment pour finalité d’interdire le recours aux barèmes concernant les honoraires des architectes ». Elle ajoute que les honoraires sont librement négociés entre les parties, l’architecte restant libre de proposer son mode de rémunération et le coût de sa prestation.
Ce n’est pas un vide juridique, c’est une règle de concurrence. Elle a une conséquence que beaucoup de confrères vivent sans l’avoir formulée : toute fourchette qui circule dans un groupe professionnel, un forum ou un comparateur en ligne est la grille de quelqu’un d’autre. Elle a été calibrée sur ses charges fixes, sa masse salariale, sa région, sa typologie de projets et sa vitesse de production. La recopier revient à importer chez toi la structure de coûts d’une agence que tu ne connais pas.
C’est aussi pour cela que la question « à combien facturer ? » n’a jamais de réponse générale. Elle en a une chez toi, et une seule, tant que tu ne changes ni ton équipe ni tes charges. La défense du prix face au client est un autre chantier, traité dans la valeur ajoutée de tes honoraires. Celui qui nous occupe ici se situe en amont, et il est arithmétique.
Ce que le cadre déontologique impose quand même
L’absence de barème ne veut pas dire absence de règles. L’article 46 du code de déontologie des architectes pose que la rémunération de l’architecte doit être calculée en fonction des missions qui lui sont confiées, qu’elle est unique, à la charge de son client, et qu’elle doit être clairement définie par contrat. Le même article précise que si les parties conviennent d’un forfait, celui-ci est déterminé avant le début de la mission et fixé en valeur absolue.
Retiens la première partie de la phrase, parce qu’elle dicte la forme de ta grille : la rémunération se calcule par mission. Pas par type de client, pas par intuition sur la surface du projet, pas par alignement sur le devis d’un concurrent. Ta grille doit donc s’organiser en lignes de mission. Le cadre déontologique te donne gratuitement le squelette du document que tu cherchais ailleurs.
Ce que contient vraiment une grille d’honoraires
Une grille utile tient sur une page. Elle répond à trois questions et pas une de plus : ce que tu vends, comment tu le factures, et sur quelle base tu obtiens le montant. Tout le reste est du commentaire, et le commentaire tue les outils de pilotage.
Les lignes : tes types de mission
Liste tes missions réelles, pas tes missions rêvées. Reprends tes deux derniers exercices et sors les types de dossiers que tu as effectivement vendus : faisabilité, mission complète de maîtrise d’œuvre, mission partielle jusqu’au permis, suivi de chantier seul, conseil ponctuel, expertise. Huit à dix lignes suffisent. Au-delà, tu ne construis pas une grille, tu fabriques un catalogue que personne n’ouvrira, toi le premier.
Une ligne mérite une attention particulière : l’avenant. Une modification de programme en cours de route est une mission, avec son temps et son coût. Si elle n’a pas sa ligne dans ta grille, elle sera offerte, et elle le sera systématiquement.
Les colonnes : les unités de facturation
Le CROAIF recense quatre modes de rémunération, et ils ne s’opposent pas : ils couvrent des situations différentes. La rémunération au temps à passer, où tu estimes le nombre d’heures nécessaires à la mission. La rémunération au pourcentage du montant total des travaux, principalement utilisée pour une mission complète de maîtrise d’œuvre bien définie. La rémunération en vacations, adaptée aux missions précises et de courte durée. Et le forfait, employé lorsque la mission et le projet sont connus à l’avance.
Le mode au temps passé impose des mentions contractuelles précises, et elles valent d’être connues : nombre d’heures estimées pour chaque mission, taux horaire de l’architecte et de ses éventuels collaborateurs en HT et en TTC, montant global envisagé communiqué à la maîtrise d’ouvrage. Autrement dit, facturer au temps ne dispense pas de savoir combien de temps. C’est exactement le calcul que tu poses dans ton taux horaire, et il sert de socle à tout le reste de la grille.
Le découpage par phase
Pour chiffrer une mission longue, il te faut un langage de phases stable. L’article R2431-1 du code de la commande publique énumère les dix éléments que peut comprendre une mission de maîtrise d’œuvre : études préliminaires, études de diagnostic, esquisse, avant-projet, projet, assistance à la passation des marchés de travaux, études d’exécution ou visa de celles réalisées par les entreprises, direction de l’exécution des marchés, ordonnancement et pilotage du chantier, assistance lors de la réception et pendant la garantie de parfait achèvement.
Ce découpage s’applique juridiquement à la commande publique. Rien ne t’empêche de l’adopter comme référentiel interne pour tes dossiers privés, et tu as tout à y gagner : il te permet de budgéter le temps phase par phase, de vendre une mission partielle sans improviser son périmètre, et de justifier un avenant en désignant précisément l’élément ajouté. Un client discute rarement une phase nommée. Il discute toujours un montant global sans détail.
Le modèle de grille à remplir
Voici la trame. Les cases contiennent des bases de calcul, jamais des montants : les montants, c’est toi qui les produis à l’étape suivante, à partir de tes propres chiffres.
| Type de mission | Unité de facturation | Base de calcul | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Faisabilité, esquisse | Forfait court | Heures estimées x coût horaire chargé, plus marge cible | La phase la plus souvent offerte, donc la plus souvent perdue |
| Mission complète de maîtrise d’œuvre | Pourcentage du montant de travaux ou forfait | Budget de temps par phase converti en montant, puis vérifié en pourcentage du coût prévisionnel | Le pourcentage doit sortir du calcul, jamais le précéder |
| Mission partielle jusqu’au permis | Forfait | Heures des seules phases retenues, plus le temps de reprise de dossier | Le dossier revient souvent après coup sans que la suite soit contractualisée |
| Suivi de chantier, direction de l’exécution | Forfait avec nombre de visites contractualisé | Durée prévisionnelle de chantier x fréquence de visite x coût horaire chargé | Le dépassement de délai de chantier est la première fuite de marge |
| Conseil, assistance, expertise ponctuelle | Vacation horaire ou journalière | Taux horaire HT et TTC, collaborateurs inclus, plafond d’heures écrit | Sans plafond contractuel, la vacation glisse vers le bénévolat |
| Avenant, modification de programme | Reprise à l’unité de la mission concernée | Même base de calcul que la mission d’origine, sans remise de principe | La ligne la plus rentable de la grille, et la plus souvent oubliée |

Construire ta grille en cinq étapes
En bref : la séquence demande un tableur, tes deux derniers exercices et environ deux heures par étape. Aucun outil spécialisé, aucune donnée extérieure à ton agence.
Étape 1 : Calcule ton coût horaire chargé, par profil. Pas ton salaire divisé par tes heures. Le coût complet : rémunérations chargées, loyer, assurances, logiciels, véhicules, comptabilité, cotisations, formation, matériel, le tout divisé par le nombre d’heures réellement productives et facturables de chaque profil. Fais-le séparément pour toi, pour un chargé de projet, pour un assistant. Ces coûts n’ont pas la même valeur et les mélanger fausse toutes les lignes suivantes.
Étape 2 : Reconstitue le temps réel de trois missions passées. Prends trois dossiers terminés, de types différents, et retrouve les heures effectivement consommées, phase par phase. Feuilles de temps si tu en tiens, agendas et échanges si tu n’en tiens pas. La méthode Archipreneurs le formule sans détour : chaque forfait se calcule à partir d’un budget de temps réaliste, pas au doigt mouillé ni par rapport à la concurrence. C’est l’étape que tout le monde saute, et c’est celle qui contient l’information.
Étape 3 : Pose ta marge cible avant de regarder quoi que ce soit d’autre. Marge de production sur la mission, quote-part de tes coûts indirects, provision pour aléas. Un budget d’heures sans marge n’est pas un prix, c’est un point mort déguisé. Le lien entre cette marge et la santé globale de l’agence est détaillé dans la marge de l’architecte.
Étape 4 : Convertis en unité de facturation, mission par mission. Multiplie les heures budgétées par les coûts horaires chargés des profils concernés, ajoute ta marge, et tu obtiens un montant. Ensuite seulement, si la mission s’y prête, exprime ce montant en pourcentage d’un coût de travaux prévisionnel pour vérifier qu’il reste défendable. L’ordre compte : le pourcentage est un résultat de sortie, pas une donnée d’entrée.
Étape 5 : Fixe ton seuil de refus et écris-le. Le montant sous lequel tu ne signes pas, et la personne qui a le droit d’y déroger. Une grille sans seuil de refus se fait éroder dès le premier dossier tendu. Écris aussi ce que le seuil autorise en contrepartie : un délai allongé, une mission réduite, un acompte plus élevé.
Où trouver tes chiffres réels quand tu n’as pas de feuilles de temps
La plupart des agences n’ont pas de suivi de temps propre, et attendre d’en avoir un pendant un an revient à ne jamais construire la grille. Reconstitue à rebours : dates de démarrage et de rendu de chaque phase, agendas de réunions et de visites, historiques de messagerie, versions successives des fichiers de projet. Tu obtiendras une estimation grossière, et presque certainement sous-évaluée, parce que le temps invisible ne laisse aucune trace exploitable : trajets, appels, reprises de dernière minute. Traite-la comme un plancher et non comme une mesure, et corrige-la au prochain exercice, quand tes premiers relevés de temps arriveront.
Cette reconstitution est aussi le point de départ du calcul de rentabilité par mission. Une fois faite, elle sert deux fois, ce qui rend la corvée nettement plus supportable.
L’erreur de calage la plus fréquente
Elle consiste à démarrer par le pourcentage. On part d’un taux entendu quelque part, on l’applique au montant des travaux, on obtient des honoraires, puis on essaie de faire tenir la mission dans l’enveloppe ainsi obtenue. Le résultat est mécanique : les phases mal aimées, direction de l’exécution en tête, absorbent le déficit, et la marge disparaît en fin de dossier, au moment où plus personne ne peut rien y faire.
L’autre erreur, plus discrète, consiste à caler la grille sur les dossiers dont on est fier plutôt que sur les dossiers moyens. Les projets d’exception sont ceux où tu as accepté de perdre du temps sans compter. Ils font de très mauvais étalons.
Faire vivre ta grille et t’en servir sans la subir
Une grille est un document daté. Elle vaut pour un niveau de charges, une équipe et un carnet de commandes donnés. Elle vieillit, et elle vieillit toujours dans le même sens, à la baisse.
Réviser une fois par an, et après chaque dérapage
Fixe un rendez-vous annuel, à la clôture, pour recalculer tes coûts horaires chargés et confronter les temps budgétés aux temps constatés. Entre deux révisions, ajoute une règle simple : tout dossier qui dépasse son budget de temps de plus d’un quart déclenche une note d’une ligne dans la grille. Trois notes sur la même ligne de mission valent révision immédiate de cette ligne, sans attendre décembre.
Surveille en parallèle l’articulation entre ta grille et ton encaissement. Une mission correctement chiffrée mais payée en fin de parcours reste une mission qui pèse sur la trésorerie, sujet traité dans le pilotage du cash. L’acompte à la commande fait partie du dispositif au même titre que le montant lui-même.
Ce que tu montres au client, et ce que tu gardes pour toi
La grille est un outil interne. Tu ne la sors pas en rendez-vous. Ce que tu présentes, c’est son résultat : le périmètre de la mission, ses phases nommées, l’unité de facturation retenue, le montant, et les conditions de révision. Le client n’a pas besoin de ton coût horaire chargé, et le lui montrer déplace la discussion sur tes charges au lieu de la maintenir sur son projet.
Ce que la grille change en rendez-vous, c’est ta posture. Tu n’improvises plus un chiffre sous pression. Tu sais à quelle ligne tu te trouves, quelle marge tu défends, et à partir de quel montant tu préfères ne pas signer. Cette clarté s’entend dans la voix bien plus qu’elle ne se démontre par un argumentaire. La question du prix de marché, elle, se travaille séparément, du côté du tarif d’un architecte tel que le prospect se le représente avant même de te rencontrer.

Questions fréquentes
Existe-t-il un tableau officiel des honoraires d’architecte en France ?
Non, et il ne peut pas en exister. Le CROAIF rappelle que l’ordonnance du 1er décembre 1986 relative à la liberté des prix et de la concurrence a notamment pour finalité d’interdire le recours aux barèmes concernant les honoraires des architectes. L’Ordre publie des contrats types qui décrivent les missions, mais aucun tableau indicatif de rémunération. Les fourchettes que tu croises en ligne proviennent presque toujours de plateformes d’apport d’affaires et n’ont aucune valeur de référence pour ton agence.
Faut-il facturer au pourcentage ou au forfait ?
Les deux, selon la mission. Le CROAIF réserve le pourcentage du montant total des travaux aux missions complètes de maîtrise d’œuvre bien définies, et le forfait aux cas où la mission et le projet sont connus à l’avance. Le code de déontologie précise d’ailleurs que le forfait, lorsqu’il est retenu, est déterminé avant le début de la mission et fixé en valeur absolue. Dans tous les cas, le montant se calcule à partir de ton budget de temps : l’unité de facturation n’est qu’une manière de le présenter au client.
Quel pourcentage du montant des travaux dois-je appliquer ?
Aucun pourcentage générique ne tient, et c’est précisément ce que la règle de 1986 signifie. Le bon taux est celui qui tombe quand tu divises tes honoraires calculés, heures budgétées multipliées par tes coûts horaires chargés puis augmentées de ta marge, par le coût prévisionnel des travaux. Il variera d’une typologie de projet à l’autre chez toi, et il ne ressemblera pas forcément à celui du confrère voisin, qui n’a ni tes charges ni ta vitesse de production. Si tu pars du pourcentage, tu ne construis pas une grille, tu recopies une hypothèse.
À quelle fréquence faut-il réviser sa grille d’honoraires ?
Une révision complète par an, calée sur la clôture des comptes, suffit dans une agence stable. Recalcule alors tes coûts horaires chargés et compare les temps budgétés aux temps réellement consommés sur l’année écoulée. Déclenche une révision anticipée en cas de changement d’équipe, de déménagement, de hausse notable des assurances ou des logiciels, ou dès qu’une même ligne de mission dépasse trois fois son budget. Entre ces rendez-vous, la grille reste stable, et c’est sa stabilité qui la rend utilisable en négociation.
Ta grille, tes chiffres, ton agence
Personne ne peut te donner ton tableau d’honoraires. Ni l’Ordre, qui n’en a pas le droit, ni un comparateur, qui n’a pas tes charges, ni un confrère, qui n’a pas ton équipe. En revanche, tes deux derniers exercices contiennent déjà tout ce qu’il faut pour le construire, et l’exercice tient en une poignée d’heures réparties sur quelques soirées.
Commence petit : trois lignes de mission, un coût horaire chargé par profil, une marge cible écrite noir sur blanc. Tu auras déjà de quoi chiffrer ton prochain devis autrement qu’au ressenti. Si tu veux mener ce travail avec un cadre et des confrères qui l’ont déjà fait avant toi, découvre l’accompagnement Archipreneurs.